Le bourg libéré

Le bourg de Guilberville est libéré (juillet 1944).

 

... Et nous voici au dimanche 30 juillet 1944. Le pire étant à prévoir, l'ordre d'évacuation gagnant la commune zone par zone, M. Le Curé, aidé des dévoués jeunes gens de la Croix-Rouge, dont le poste était au presbytère et qui se composait de Max Avenel, R. Fafin, d'un étudiant de Caen, put mettre en lieu sûr les ornements du culte.

 

Les réfugiés, que la bataille faisait fuir, passaient sans cesse de tous les bourgs avoisinants. Leurs récits jetaient l'alarme dans les esprits ; déjà nombre de Guilbervillais prenaient leurs dispositions pour chercher un asile plus sûr. C'est alors, il était 14 heures, que d'une façon subite, une petite formation d'avions ceintura toute la région du bourg en déversant de nombreuses bombes. L'affolement fut général ; dans le bruit assourdissant des engins qui explosent, des éclats qui arrosent les toîts, des vitrines qui se brisent: c'est la panique.

 

Aux renseignements, nous apprenons que des étrangers partant pour l'exode, sont blessés et reçoivent des soins chez M. Jehenne. Quelques instants plus tard, une nouvelle tragique était répandue ; Georges Hamon a été tué dans son plant par un éclat en plein coeur alors qu'il achevait de consolider la tranchée familiale. Nous dûmes préparer pour le cher Georges la sépulture immédiate. Pauvre petit cortège se composant de deux pauvres femmes éplorées et de deux orphelins en sanglots. Les circonstances ne permettaient pas autre chose. Un quart d'heure plus tard mourait au presbytère un fort jeune homme blessé la veille à Giéville. Nous dûmes en toute hâte, pendant qu'il y avait encore des hommes, préparer le cercueil et porter en terre le pauvre malheureux... Puis l'exode s'intensifia. En aura-t-on vu de ces petits chariots où s'entassaient les choses les plus précieuses et les plus nécessaires !

 

Le lundi 31 juillet, au soir, M. Cord'homme, maire, avant son départ pour rejoindre sa famille était allé avec M. Louis Binet et Max Avenel, arborant le drapeau blanc à sa voiture, jusqu'aux "Montagnes" * avec le désir bien arrêté de joindre les Américains et de les supplier d'épargner le bourg et la commune. Le petite ambassade fut arrêtée et forcée de rebrousser chemin, les Allemands tenaient encore le secteur...

 

La nuit du 31 juillet au mardi 1er août fut pénible. La bataille approchait: cannonade des tanks, fusillade. Dans la matinée, les événements se précipitèrent, les balles sifflaient, le canon grondait, le bruit sourd des tanks grandissait, des éclatements violents se rapprochaient, semblaient se produire sur nos têtes. Chacun, dans la maison, se faisait petit et se collait au mur. Nous le vîmes ensuite, ces bruits qui secouaient violemment le presbytère, n'étaient autres que des obus qui éclataient sur le clocher, le mur de l'église, dans le plant et sur l'arrière de la maison de M. le Maire.

 

Vers une heure de l'après-midi, ce 1er août, une épaisse colonne de fumée s'élève derrière la maison de M. Binet. Bientôt, des flammes montent à l'assaut du ciel, crépitent, activées par un vent d'est très violent. Rapidement, la maison flambe, le feu se communique aux communs de Mme G. Hamon, et le soir, torche sinistre, la maison et les dépendances de M. Glinel éclairent à leur tour d'une lueur de sang tout le ciel.

 

Il était 4h 1/2 du soir quand un soldat américain fut traitreusement abattu par deux Allemands dans le plant du presbytère. A 5 heures, les Alliés étaient maîtres du bourg. Ils en visitèrent toutes les maisons et gratifièrent le presbytère d'une dizaine de balles dans les fenêtres avant d'y pénétrer. Encore une émotion! Après quoi ils se régalèrent avec du vin blanc. Puis ce fut la nuit calme, l'arrivée des officiers américains...Des conserves...Des cigarettes. La liberté tant désirée, enfin !

 

Le mardi 2 août, on nous permit de sortir ; ce fut pour arriver à temps chez Mme Lebouteiller dont la maison flambait. Nous fûmes assez heureux avec les soldats américains et M. Marcel Varin, qui sortit avec les siens de la tranchée, pour faire disparaître tout danger... Nous dûmes au dévouement de Raoul Corbrion, dans les jours qui suivirent, jusqu'au retour de M. Raymond Roulland, de pouvoir manger du pain, et ce fut du pain blanc!

 

* Gros dos d'âne entre Guilberville et Giéville.

Source: Extrait du bulletin paroissial de Guilberville. Avril 1947.

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